Morceau éloquent puis poignant

Voici un extrait favori de Persuasion de Jane Austen.
Éloquent parce qu’on ne peut pas dire les choses plus directement et avec plus de justesse sur le problème homme-femme à cette époque.
Donc Jane Austen rend compte de ses réflexions à travers les paroles des deux protagonistes.
L’extrait se situe après un débat sur la constance de l’homme et celle, plus forte d’après Anne, de la femme :

– (le capitaine Harville) "Mais laissez-moi vous faire remarquer que toutes les histoires sont contre vous, tous les romans, la prose et les vers. (…) Je ne crois avoir jamais  ouvert de livre qui n’eût quelque chose à dire sur l’inconstance des femmes. Les chansons et les proverbes ne parlent que de l’humeur volage des femmes. Mais peut-être allez-vous me dire qu’ils ont tous été écrits par des hommes.
– Peut-être en effet … Oui, oui, s’il vous plait, pas de références à des exemples tirés de livres. Les hommes, en racontant leur histoire, ont eu sur nous tous les avantages. Ils ont eu une éducation tellement supérieure à la nôtre ; ce sont eux qui ont la plume en main. Je ne reconnais pas aux livres la propriété de prouver quoi que ce soit.
– Mais alors, comment prouver quelque chose?
– Nous ne prouverons jamais rien. Nous ne devons pas nous attendre à prouver quoi que ce soit sur ce point. C’est une différence d’opinions qui ne souffre pas de preuves. Il y a probablement, à l’origine, un petit parti pris qui nous fait interpréter en faveur de notre sexe tous les faits que nous zvons vu se produire autour de nous et dont beaucoup (peut-être les cas, justement, qui nous frappent le plus) sont précisément de ce qu’on ne peut citer sans trahir un secret ou qu’il ne convient pas de mentionner pour certaines raisons.
– Ah ! s’écria le capitaine Harville, d’un ton pénétré, si je pouvais seulement vous faire sentir ce qu’un homme souffre lorsqu’il jette un dernier regard sur sa femme et ses enfants lorsqu’il voit s’éloigner la barque qui les ramène à terre (…). Je ne vous parle que des hommes qui ont du coeur, dit-il en appuyant avec émotion sa main sur le sien.
(…)"

S’ensuit The scène d’amour ; ce que je qualifie de poignant, mais j’imagine que sans avoir lu l’histoire depuis le début ça l’est beaucoup moins !!! :

Elle (Anne) avait eu à peine le temps de se rapprocher de la table où il (le capitaine Wentworth) avait écrit que des pas se firent entendre de nouveau ; la porte s’ouvrit : c’était lui. Il leur demandait pardon, mais il avait laissé ses gants dans la pièce, et traversant, à l’instant, la chambre jusqu’à son écritoire, le dos tourné à Mme Musgrove, il tira une lettre de sous les papiers éparpillés, et fixant Anne avec des yeux pleins d’une ardente supplication, la plaça devant elle, ramassa hâtivement ses gants et quitta de nouveau la pièce presque avant que Mme Musgrove ne se fût rendu compte qu’il y était entré… l’espace d’un instant.
La révolution qui s’était opérée en cet instant chez Anne peut à peine s’exprimer. La lettre, avec son adresse presque illisible : "A Mademoiselle A. E." était évidemment celle qu’il avait pliée si hâtivement. Tandis qu’on supposait qu’il n’écrivait qu’un capitaine Benwick, il lui avait destiné aussi un message ! Du contenu de cette lettre dépendait tout ce que le monde pouvait faire pour elle. elle était capable de tout mais non d’endurer l’incertitude. Mme Musgrove s’occupait à mettre un peu d’ordre sur sa table : il fallait qu’elle en profitât, et, se laissant tomber dans la chaise qu’il avait occupée, c’est à l’endroit même où il s’était appuyé pour écrire que ses yeux dévorèrent les mots suivants :
Je ne puis écouter davantage en silence. Il faut que je vous parle, avec les moyens dont je dispose. Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l’angoisse et l’espoir. Non, ne me dites pas qu’il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre à nouveau un coeur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l’avez brisé, il y a huit ans et demi. Ne prétendez pas que l’homme oublie plus vite que la femme, que son amour meurt plus tôt. Je n’ai jamais aimé que vous. Injuste, j’ai pu l’être, faible et rancunier, je l’ai été… mais inconstant, jamais. C’est vous seule qui m’avait fait venir à Bath. C’est pour vous seule que je pense, que je fais des projets… Ne l’avez-vous pas senti ? N’avez-vous pas compris mes souhaits? Je n’aurai même pas attendu ces dix jours si j’avais pu lire vos sentiments comme je pense vous avez dû pénétrer les miens. J’arrive à peine à vous écrire. j’entends à tout moment quelque chose qui me bouleverse. Vous baissez la voix, mais je puis distinguer les inflexions de cette voix, quand même elles échapperaient à d’autres… O parfaite, excellente créature ! Vous vous rendez bien justice ! Vous êtes sûre que l’attachement et la constance véritables existent parmi les hommes. oyez assurée des les trouver infiniment fervents, infiniment fidèles chez
F.W.
Il faut que je parte, incertain de mon sort, mais je reviendrai ici ou bien rejoindrai votre groupe dès qu’il me sera possible. Un mot, un regard suffiront à décider si j’entrerai chez votre père ce soir, ou jamais.

C’est une traduction (pas de moi bien sûr !), donc à prendre comme telle.

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Une réflexion sur “Morceau éloquent puis poignant

  1. sarah dit :

    hi!!! tite juju! un petit commentaire sur ton blogounet en passant par là! j\’ai vu qu\’il y avait plein de nouveautés! la prochaine fois que je passe , je lirais tt ça, promis! 😉 au fait vous zêtes trop mignons les zamoureux! plein de bisous!

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