Rodez cathedral

En me penchant sur l’histoire du monument principal de Rodez, témoignant  un passé médiéval très actif et riche (contrastant fortement avec ce lundi 5 mars 2012 froid et venté), je suis tombée sur une histoire très récente : celle des nouveaux vitraux.

Derrière les symboles et archétypes habituels du roman et du gothique apparaissent 4 vitraux contemporains aux couleurs éclatantes, et aux représentations équivoques.

Chacun représente un élément (eau, air, feu, terre), et sur l’un d’eux, on peut voir flotter des objets organiques, entre animal et membres humains, qui sont en effet bel et bien des organes génitaux psychédéliques et embryons en tous genres.

Quoi ? Comment ? L’Eglise laisse exposer des choses pareilles ? Pas si surprenant toutefois, car les vitraux servaient à représenter des scènes de la bible, l’histoire de tel ou tel saint. Tout naturellement, Devèze, l’artiste, a sans doute cherché à évoquer à la fois la Genèse, la théorie de l’évolution, la reproduction et la Création (simple supposition).

Au départ, ce sont les couleurs qui m’ont incité à prendre la photo. Et depuis le sol de la cathédrale, je ne distinguais pas les détails des vitraux. C’est en grossissant les photos que j’ai été surprise :

Bonus : les commentaires d’un article réac à ce sujet valent le détour.  Je ne fais d’habitude pas de polémique, mais quand il s’agit de rigoler un bon coup, je me permets de partager ces inepties.

Publicités

The Help

Souvent, les films anglo-saxons récents conservent leur titre en version originale, afin de ne pas influencer le sens initial et orienter le potentiel spectateur dans une mauvaise direction. Je trouve que c’est, en effet, bien mieux.

La couleur des sentiments est le titre traduit de The Help de Kathryn Stockett, initialement un roman adapté l’année dernière en film. Cette traduction se comprend à la lecture mais oriente bizarrement le récepteur. Le côté « à pleurer dans les chaumières » n’est pas approprié. On y traite, avant de parler de sentiments, de femmes qui ont décidé de changer le regard des autres sur leur condition.

Pas féministe pour autant, le roman est une mise en abîme : l’auteur fait mine de collecter les témoignages des femmes impliquées par la rédaction d’un livre à visée documentaire et sociologique portant sur la vie des domestiques noires chez leurs employeurs et s’intitulant The Help (traduit en français par Les domestiques).

Un roman simple et efficace dans lequel l’auteur n’hésite pas à montrer sa fragilité : être impliquée directement dans l’écriture du roman implique forcément un point de vue à double tranchant. En effet, Stockett a été l’enfant élevée par une femme noire à qui elle s’est attachée. Attachement qui se révèle douloureux dans un contexte de haine raciale. Son regard inchangé depuis l’enfance, contrairement à celui des autres petits blancs qui grandissent et finissent par se comporter comme leurs parents, c’est-à-dire à faire perdurer un esclavagisme caché, est plein d’équité. Elle se demande pourquoi tant d’injustice. Tout en essayant de ne pas tomber dans l’atermoiement et les larmes et en traitant les « témoignages » à la première personne, se faisant la voix d’unetelle et d’unetelle.

Le grand intérêt que j’ai trouvé au livre c’est qu’il m’a appris un pan sociologique des États-Unis qui m’était inconnu et un mode de vie particulier au Sud-Est dont je n’avais qu’une mince idée, assez fausse de surcroit.

A quatre mains

Les meilleurs extraits du Journal à quatre mains des sœurs Groult.

Flora et Benoîte ont respectivement 16 et 20 ans quand commence la seconde Guerre Mondiale. Elles habitent rue Vaneau à Paris chez leurs parents, deux créatifs, et fréquentent l’intelligentsia parisienne. Benoîte étudie les lettres classiques (et plus tard devient professeur puis journaliste radio) et Flora se destine à la création artistique.

Le journal commence après avoir quitté Paris en famille pour rejoindre les grands-parents en Bretagne.
Benoîte : « Comment pourrais-je parler de traîtres ou de manque d’organisation /à propos de l’évacuation de Paris en juin 40 et de l’écrasement allemand/, moi qui n’organise rien et ne suis fidèle à rien ? (…) Et puis comment dire à tous ces plus de quarante ans que je commence ma vie, et que la jeunesse me rend égoïste ? Je suis partie me baigner, la tête lourde de gros mots à lancer, de gifles à donner, de cris à pousser. Et puis la mer, le soleil et mes dix-neuf ans sont plus vrais que tout le reste et je me remercie de savoir en profiter malgré tout. »
A l’abri en Bretagne, Benoîte sent la menace : « Il parait qu’à l’approche des ouragans, les feuilles se mettent à trembler sur les arbres avant même que le vent ne se soit levé. Nous sommes comme ces feuilles et tout est calme encore ; calme et ridiculement, pathétiquement beau. La beauté est déchirante quand on a peur. »

Benoîte vit mal la contradiction entre ses convictions, sa soif de liberté, et l’empreinte maternelle fortement présente : « Ile ne me reste pour agir, que la surface exiguë où se superposent nos deux doctrines, le minuscule éventail où coïncident nos deux angles de vision. En deçà et au-delà de cette zone privilégiée, que ce soit sur mon domaine ou sur le sien, je suis paralysée.
Et voilà pourquoi votre fille est sage. »

Benoîte, qui doit faire la vaisselle : « Pendant que l’on se plaint on oublie son travail. C’est la résignation qui empoisonne les âmes. »

B. : « Y a-t-il dans une vie un certain nombre d’erreurs obligatoires et auxquelles on n’échappe pas ? (…) Ne se délivre-t-on pas des bêtises qu’en les faisant ? »

B. : »Il ne faut pas perdre ces élans /de tendresse/ : c’est une marchandise qui ne se conserve pas : à consommer de suite. »

24 décembre 40, Benoîte :  » A cette époque où la viande humaine est si bon marché, la viande animale devient intouchable. »

Janvier 42, Flora fréquente un jeune homme qui se retrouve atteint d’une grave maladie osseuse et le visite régulièrement à l’hôpital : « C’est long de continuer à se dévouer. Pas de commune mesure entre l’héroïsme d’un jour et les efforts quotidiens ; et pourtant il ne faut pas que mon amour pour Beaudouin s’effeuille. Je l’estime autant que je l’admire. Nous devons mener notre barque au port malgré les embruns. »
« Il y a quelque chose de sublime dans cet amour de l’esprit et si tant est que le temps me dure parfois, je suis fière de savoir espérer et attendre. »
Beaudouin fait une tentative de suicide après que Flora ait rompu, Benoîte commente : « Je n’imagine pas quelle déroute intime pourrait me pousser au suicide. Il me semble que la curiosité seule, la curiosité du lendemain, du journal du lendemain, suffirait à me faire rester sur terre. »

Avril 42, quelques jours à Poissy, B. : « J’aime bêtement et de plus en plus la Nature, avec un grand N. C’est là que l’on connaît des minutes de parfait bonheur. Non pas que j’y découvre la réponse aux questions qui me troublent, mais parce que, brusquement, elles cessent de se poser. L’ambition, la réussite sociale, cessent d’avoir un sens, de paraître primordiales. Le présent emplit tout le champ de l’existence et c’est dans ce cas seulement qu’on peut vivre sans arrière-pensé. L’arrière-pensée est toujours une mauvaise pensée. »
A propos d’un autre paysage de nature, qui n’a pas grand chose d’exceptionnel, elle dira plus tard : « … Ces plaines sans histoire et sans panache, cette perfection tranquille et grave, presque ennuyeuse… Ah ! guerre, que tu parais absurde. Tu ne changeras rien à cette terre, même si tu tues les hommes ; elle en sécrétera d’autres qui seront semblables. »

Benoîte rencontre son futur mari, issu du prolétariat, et n’ose être vue en sa compagnie par sa mère : « Parfois, je voudrais qu’il se mette en colère et qu’il me dise : « viens chez moi, je ne peux plus durer comme cela », et qu’il m’oblige à le suivre.
Mais s’il le disait, c’est qu’il serait homme à le dire et cet homme-là, je ne l’aurais sans doute pas aimé ! »

« … Ce n’est pas vivre que de s’en vouloir de tout ce qu’on fait et de regretter tout ce qu’on ne fait pas. »

Mai 42, les préparatifs du mariage sont en route. Dans l’alliance de son fiancé, Benoîte fait graver : « Liberté, Égalité, Fidélité. C’est antinomique ? Mais l’homme et la femme ne le sont-ils pas ?
Heureusement, la vie n’est pas la solution d’une équation (…). »
« Nous avons déclenché un mécanisme que nous pensions intime et voilà que tout notre petit monde s’est mis en mouvement : c’est affolant. On parle petits fours, préséances, cortège, voile, moyens de transport, etc. Tout cela parce que nous voulons habiter ensemble ? (…) L’accessoire envahit tout ; le détail masque l’essentiel.
(…) J’ai toujours adoré le désir. Du moins lui est parfait, quel que soit la personne. »

Juin 43, peu de temps avant la noce : « Je réalise tout à coup quel saut dans la vie est le mariage. Blaise sera-t-il assez vaste pour remplacer tous les hommes, tous les rêves et toutes les vies possibles ? »

Novembre 43, Benoîte ayant quitté le foyer pour créer le sien à Passy, Flora se retrouve seule à écrire :  » Et pourtant, comme les gens qui ont l’habitude d’être saignés, je sens parfois le besoin impérieux et prédominant d’écrire. Mais à peine prends-je la plume que ma pensée se dilue et s’estompe. »

Son mari meurt en mai 44 d’une balle au poumon. Au 20 août, les alliés sont dans Paris. Les deux sœurs, qui ont eu une nurse anglaise plus jeunes, parlent couramment l’anglais et sont choisies pour faire visiter la ville aux Américains. S’ensuivent des soirées dans les clubs, à danser et surtout à manger (Benoîte prend 5 kilos dans ces quelques mois grâce aux cans de toute sortes) en compagnie de ces hommes bien bâtis, bien alimentés, pleins de vie. Benoîte écrit à propos de Kurt (qui la demandera en mariage à Noël) en novembre 44 : « (…) il me dit gentiment qu’il n’aime pas réfléchir, comme on dit : je n’aime pas les bonbons. Et pour lui ce n’est pas un signe d’infériorité, au contraire et c’est pourquoi ces hommes-là peuvent être bêtes sans paraître idiots. On finit pas se demander si l’on n’a pas tort soi-même de tenir à sa masturbation intellectuelle et si penser n’intoxique pas ! »

Ces temps « heureux » sont une façon pour Benoîte d’oublier sa tristesse. Elle a l’impression d’être métaphoriquement aux Etats-Unis : « je fais une cure. On ne passe pas sa vie à la Bourboule Je ne me sens pas du tout mûre encore pour rentrer dans mon pays. J’ai encore faim de spam et de O’Henry, de cette protection l’illusoire de la force physique des Américains. » Cette Libération l’est de multiples façons.

A propos de son mari qu’elle n’oublie pas : « Il est toujours présent dans ma vie et à aucun moment je n’ai honte de penser à lui. Rien ne se compare ; tout se vit successivement, d’une manière unique et précieuse. (…) Ne pas penser à toi n’est pas une manière de t’oublier, mais de vivre, mon aimé ».

Flora finit par tomber amoureux d’Andrew, avec qui elle devrait se marier, quand le journal se termine en janvier 45. « C’est lorsque je sens de partout que j’ai envie de me taire. »

Dossier n°4 : Vacances Belle époque-Bord de mer

Côtes rocheuses, plages de sable, les stations balnéaires de la Belle époque se sont choisies des lieux idylliques pour installer leurs villas romantiques, pleines de chichis architecturaux !

Belle époque et bourgeoisie

Nul n’ignore que la Belle époque est le résultat des investissements industriels réussis d’entrepreneurs, devenus de grands bourgeois en recherche de luxe.
On comprend donc pourquoi l’architecture qu’ils demandent est aussi "régressive" en comparaison avec l’Art Nouveau, avant-garde moderne dont les représentants les plus célèbres sont Guimard et Gaudi. La nouveauté ne les intéresse pas tant que le classique chic ou l’excentricité baroque "pour faire comme les têtes couronnées".
Ainsi, si l’histoire de l’architecture a gardé en mémoire le mouvement de l’Art Nouveau, la grande majorité des constructions de l’époque ne peuvent être rattachés directement à cette petite révolution.

Bord de mer

Il en va de même pour toutes les villas qui bourgeonnent sur les côtes de la Manche. Leur point commun : être des manoirs ou des châteaux miniatures, avec une pointe de régionalisme chauvin.

L’engouement pour l’iode est excessif et fulgurant. Cependant, on voit naître celles qui deviendront de véritables maisons de famille : paradis pour les enfants en quête d’aventure, vitrine magique pour les parents en quête de bonne société, et havre de paix pour les grands-parents fatigués.
Ici, trêve de critiques et de commentaires, les villas de Dinard, Cabourg, Trouville, etc. se dégustent par les yeux. Et qu’on aime ou pas, elles son poétiques et invitent à la rêverie.

Dinard







Cabourg

Trouville

Houlgate