Féminisme ou objectivité ?

Souvent je me demande si mes réactions contre le machisme relèvent du féminisme ou de l’objectivité.

Je m’explique. Quand je vois, chaque jour sans exception, tous les symptômes du gouffre qui sépare les femmes des hommes, je me scandalise. Comment peut-on laisser faire ces injustices ?
Ces injures ? Ces soumissions diverses ?

Est-ce que je m’insurge alors contre un fait établi (c’est-à-dire un système de domination masculine comme l’explique Bourdieu) ou contre le dominant (et fais preuve de féminisme, au sens de lutte pour l’égalité homme-femme) ?

Une femme qui se dresse contre l’oppression masculine et la pression qu’elle subit en tant que femme vis-à-vis de la société est tout de suite perçue comme l’hystérique de service ou l’idéaliste du coin, elle est catégorisée pour mieux la mettre de côté.
Alors c’est l’image du serpent qui se mord la queue car nous en sommes réduites à nous taire, à rester en retrait, à nous faire petites, exactement ce que notre belle société machiste cherche à faire des femmes : timides, précieuses, frivoles, fragiles, douces et bla et bla et bla.

Allez, avouez que vous me trouvez hystérique ? Comme quand j’essaie d’expliquer aux gens que je ne comprends pas qu’on puisse vouloir des enfants ou que le mot « vagin » nous parait vilain parce qu’il est gravement connoté par l’accumulation d’horreurs attribuées à son propos depuis des siècles de culture judéo-chrétienne, et non pas parce que ces syllabes sont « moches », çe qui ne veut rien dire du point de vue de l’objectivité…

Ô rage ô désespoir

A lire à tout prix pour ne pas mourir idiot(e) :
Mona Cholet, Beauté fatale
Pierre Bourdieu, La domination masculine

Humour cynique

Lors de mes années d’esthétique, j’ai étudié le caractère ironique de l’architecture post-moderne des années 80 : pour que vous visualisiez plus facilement, pensez à des immeubles immenses pouvant loger des centaines de familles. Mais au lieu de prendre la forme de longues barres, ils prendraient celle d’un amphithéâtre à la romaine.

Je me suis donc demandée si l’architecte qui s’était dit « tiens ! et si on logeait les banlieusards dans des maquettes grandeur nature ! Tiens ! encore mieux : si on les logeait dans des amphithéâtres pour voir s’ils jouent la comédie »…
C’est comme ça que j’ai étudié l’ironie.

Cette figure de style amenée au rang de moyen maïeuticien par Platon consiste à dire le contraire de ce que l’on pense pour apporter un écart provocateur de rire jaune chez la victime.

Et bien depuis que j’ai étudié cet intéressant sujet il y a 4 ans, je n’avais pas rencontré Desproges.
C’est en flânant à la médiathèque à la recherche de L’être et le néant de Sartre (je me remets à la philo ces derniers temps), que je tombe sur la rangée « humour » (derrière les très longues rangées « psychologie » et « sociologie ») et voit un poche de Desproges : une série de chroniques faites pour France Inter en 1986.

Quelle glorieuse découverte pour l’athée cynique que je suis ! Je recommande vivement une chronique avant de s’endormir. Pour se coucher moins con.

 

A écouter : http://www.desproges.fr/oeuvre/index/112

The Help

Souvent, les films anglo-saxons récents conservent leur titre en version originale, afin de ne pas influencer le sens initial et orienter le potentiel spectateur dans une mauvaise direction. Je trouve que c’est, en effet, bien mieux.

La couleur des sentiments est le titre traduit de The Help de Kathryn Stockett, initialement un roman adapté l’année dernière en film. Cette traduction se comprend à la lecture mais oriente bizarrement le récepteur. Le côté « à pleurer dans les chaumières » n’est pas approprié. On y traite, avant de parler de sentiments, de femmes qui ont décidé de changer le regard des autres sur leur condition.

Pas féministe pour autant, le roman est une mise en abîme : l’auteur fait mine de collecter les témoignages des femmes impliquées par la rédaction d’un livre à visée documentaire et sociologique portant sur la vie des domestiques noires chez leurs employeurs et s’intitulant The Help (traduit en français par Les domestiques).

Un roman simple et efficace dans lequel l’auteur n’hésite pas à montrer sa fragilité : être impliquée directement dans l’écriture du roman implique forcément un point de vue à double tranchant. En effet, Stockett a été l’enfant élevée par une femme noire à qui elle s’est attachée. Attachement qui se révèle douloureux dans un contexte de haine raciale. Son regard inchangé depuis l’enfance, contrairement à celui des autres petits blancs qui grandissent et finissent par se comporter comme leurs parents, c’est-à-dire à faire perdurer un esclavagisme caché, est plein d’équité. Elle se demande pourquoi tant d’injustice. Tout en essayant de ne pas tomber dans l’atermoiement et les larmes et en traitant les « témoignages » à la première personne, se faisant la voix d’unetelle et d’unetelle.

Le grand intérêt que j’ai trouvé au livre c’est qu’il m’a appris un pan sociologique des États-Unis qui m’était inconnu et un mode de vie particulier au Sud-Est dont je n’avais qu’une mince idée, assez fausse de surcroit.

Découverte bonbonesque

Pour beaucoup, ces bonbons rappellent l’enfance. Pour moi, c’était la découverte du jour : les Krêma Framboise et Mûre.

Je n’ai jamais remis en cause mon éducation ni le système culturel dans lequel j’ai baigné, mais c’est un fait : je n’ai pas les mêmes références que mes collègues. Apparemment, j’ai tout loupé. Certains bonbons, des films populaires, des groupes musicaux. Tout ce qui, finalement, fédère des générations et facilite l’intégration dans un groupe.

[C’est pourquoi, le sujet « cuisine riche » est un bon moyen de détendre une atmosphère ou de rendre tout le monde d’accord. Oui, c’est démagogique. Alors je me mets à parler Nutella, Gâteaux au chocolat, crèmes caramel, fromages affinés et burgers gastronomiques.]

Trois types d’intérêt à mon décalage culturel :

– l’espace qu’il reste dans mon cerveau pour autre chose (d’où mon intérêt pour la musique baroque et les natures mortes)
– mon côté « bête de foire » : celle qui n’a jamais vu La cité de la peur, qui charme gentiment par son ignorance.
– et surtout, découvrir de nouvelles choses tous les jours, comme le ferait un amnésique !

Pas de répit sur le front

Alors que bon nombre de collègues prennent leurs vacances cette semaine et que ceux qui viennent travailler savent que leur productivité n’a pas besoin d’être au summum (c’est ce que je croyais aussi …), de mon côté, je ne peux pas flancher !

« Quand y en n’a plus, y en a encore ! »
Ce qui est terrible, en dehors du fait que le métier est intéressant ou pas, c’est cette sensation d’enchaîner les jours travaillés, les horaires qui rythment et segmentent toute ma vie : un désespoir en soi (partagé par des milliards de personnes). Mais un désespoir intrinsèquement fatal, qu’il est plus avantageux de réévaluer avec distance et objectivité, histoire de continuer à se voiler la face sur l’humanité.

Tantôt je maudits les 35h assortis de 10 heures de transport par semaine. Tantôt je pleure en pensant à tout ce besoin de sommeil qui empiète sur mes heures non travaillées : mes loisirs. Que sont-ils devenus ceux-là ? Des lambeaux d’activité improductive.

Le tableau est bien noir, désolée. Sans doute dû à cette atmosphère de criiiise.
Et toutes ces questions que je continue à me poser*. Jamais je n’y trouverai de réponses. Celles-ci ne sont-elle pourtant pas le fil rouge de la vie ?

Qu’une planète nous écrase tous, on sera débarrassé au moins.

* Quel métier faire ? Pour quels loisirs opter ? Quelles techniques adopter ? Quelles attitudes en société ? Quels mots pour s’exprimer ? Quelle expression dans mes phrases ? Quels livres lire ?

Et désolée pour le côté décousu / jeté en pâture.